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Une solution circulaire contre la crise sanitaire

03.01.2018

Créées par l’entreprise Sanergy, les Fresh Life Toilets sont utilisées 50 000 fois par jour dans les quartiers informels kenyans. Préfabriquées avec des matériaux de qualité, elles sont acquises par des entrepreneurs locaux qui les gèrent comme une entreprise, qui plus est rentable. Depuis sa création, le modèle mis en place par David Auerbach, entrepreneur nord-américain, a permis de collecter 11 000 tonnes de matières fécales qui sont ensuite transformées, notamment en fertilisant agricole. David a aujourd’hui l’ambition de déployer le modèle Sanergy dans d’autres villes confrontées aux mêmes enjeux sanitaires.

SUEZ est allé à sa rencontre.


Étape 1 : construction de Fresh Life Toilets, Nairobi, Kenya

Étape 1 : construction de Fresh Life Toilets, Nairobi, Kenya – Crédits : Sanergy


Selon vous, la crise sanitaire au Kenya demande une approche « systémique » : que recouvre cette notion ?

L’idée est venue d’un cours que mes cofondateurs et moi-même avons suivi au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Nous devions trouver une solution à un problème social affectant plus d’un milliard de personnes. Et le constat est celui d’une crise sanitaire impactant certains continents de manière globale. En 2015, 4,1 milliards de personnes dans le monde n’avaient toujours pas accès à un service sanitaire durable.

La réponse traditionnelle à ce problème est de fournir des installations sanitaires sans se préoccuper de leur longévité et de leur appropriation par les populations. Or il ne s’agit pas seulement de fournir des équipements, il faut aussi s’assurer que ces toilettes restent accessibles à tous, que des personnes s’en occupent, que les déchets sont ramassés, puis traités et ensuite éliminés ou réutilisés. Dans les faits, seule une approche intégrée couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur peut garantir un impact environnemental durable et global.


Étape 2 : vidange des Fresh Life Toilets, Nairobi, Kenya

Étape 2 : vidange des Fresh Life Toilets, Nairobi, Kenya – Crédits : Sanergy


Comment crée-t-on une telle chaîne de valeur intégrée ?

Sanergy exploite un modèle de franchise dans lequel des résidents locaux acquièrent et gèrent les Fresh Life Toilets, les équipements sanitaires que nous concevons. Ces résidents mettent la chaîne en action. Ils forment un réseau d’opérateurs locaux jouant un rôle fondamental dans notre modèle. Nous partons du principe que le meilleur moyen d’insuffler un changement de comportement est d’investir dans la communauté humaine locale: cela envoie un signal de crédibilité et de légitimité. En créant des opportunités de travail, on stimule l’emploi sur place. Depuis fin 2011, plus de 800 postes ont été créés au Kenya.

L’équipe de Sanergy s’assure que les entrepreneurs nettoient les toilettes, que le service délivré au client soit de bonne qualité, que les déchets soient collectés régulièrement et transformés en produits finis sûrs et utiles.

Nous avons construit un modèle reproductible dans toute ville à forte croissance. L’idée est de pouvoir démontrer aux gouvernements que c’est un modèle rentable pour que nous puissions fournir des Fresh Life Toilets dans des régions qui aujourd’hui ne disposent pas de solution sanitaire adaptée.


Étape 3 : stockage des matières fécales avant leur transformation, Nairobi, Kenya

Étape 3 : stockage des matières fécales avant leur transformation, Nairobi, Kenya – Crédits : Sanergy


Votre modèle embrasse les principes de l’économie circulaire. Pourquoi ce choix ?

La notion de durabilité est extrêmement importante pour nous. Utiliser les principes de l’économie circulaire, c’est démontrer qu’il y a de la valeur dans les matières fécales. C’est inscrire notre solution dans un véritable modèle économique en transformant les déchets en plusieurs produits que nous commercialisons. En les compostant, nous produisons ainsi des fertilisants organiques que nous vendons à des fermiers. Nous élevons également une colonie de mouches soldat noires ; nous faisons se développer des larves qui se nourrissent des déchets organiques et qui forment une nourriture animale riche en protéines et en graisses. Celle-ci est ensuite vendue aux usines d’aliments de bétail, où elle est conditionnée en fonction des besoins. Tout cela garantit une création de valeur en utilisant au mieux les ressources disponibles. Cela nous permet aussi d’innover: nous élaborons progressivement de nouveaux produits et services. Par exemple, nous menons actuellement un projet-pilote de production de biogaz à base de déchets organiques qui nous permettra d’alimenter nos propres installations en énergie.


Cet article a été publié dans le quatrième numéro d’open_resource magazine : « L’ère de l’économie circulaire »





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