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AMOR : une gestion collaborative des déchets au Mozambique

16.05.2017

Créée en 2009, l’association AMOR (Associação MOçambicana de Reciclagem) établie à Maputo, la capitale du Mozambique, développe un réseau national permettant de structurer la filière de recyclage des déchets tout en aidant des populations défavorisées. Son action est soutenue depuis 2012 par le Fonds SUEZ initiatives.

A l’occasion de la Journée Mondiale du Recyclage, Antoine Belon, directeur exécutif d’AMOR, nous en dit plus sur ce modèle de recyclage social et durable.



Quels sont les projets portés par l’association AMOR au Mozambique ?

Antoine Belon : Au sein de l’association AMOR, nous avons désormais 4 axes d’actions.
Le premier est orienté vers les infrastructures de recyclage : dans ce cadre, nous installons et entretenons ce que nous appelons des « Éco-points », qui sont des centres d’apports volontaires de déchets recyclables.

Le second porte sur la sensibilisation avec, entre autres activités, un programme d’éducation environnementale à destination des écoles. Ce programme vise à mettre à leur disposition des Éco-points et à créer des clubs de l’environnement pour sensibiliser les enfants au recyclage. En fonction de la quantité de matière recyclée, les écoles participantes gagnent des « points verts » qui sont convertis en matériel scolaire et sportif. Depuis le début du programme, 35 écoles en ont bénéficié.

Le troisième axe concerne la valorisation pratique des déchets avec un focus sur l’innovation. À Maputo et à Matola par exemple, nous nous sommes rendus compte que les déchets organiques n’étaient pas valorisés. Nous avons alors eu l’idée de transformer cette biomasse inutilisée en briquettes de charbon, qui peuvent être utilisées pour cuisiner, et en poudre de charbon, qui peut être utilisée en agriculture pour augmenter la fertilité des sols. Comme plus de 90 % des Mozambicains urbains cuisinent au charbon de bois, l’avantage est double: nous réduisons le volume de déchets organiques produits chaque jour et nous contribuons à la réduction de la déforestation. En effet, 4 200 tonnes de bois sont nécessaires au quotidien pour fournir ces deux villes en charbon. Pour les cultivateurs, nous proposons de la poudre de charbon issue du même processus (Biochar) qui fertilise les sols sableux tout en augmentant leur capacité de rétention.
Un autre exemple : nous collectons l’équivalent de 200 litres d’huiles alimentaires usagées dans les restaurants de Maputo pour en faire du biodiesel. C’est désormais grâce à ce carburant propre que roulent nos camions !

Enfin, le quatrième pilier de notre action est de créer un environnement favorable au recyclage à l’échelle nationale. Pour ce faire, nous avons créé un groupe de travail avec le Ministère en charge de l’Environnement et nous travaillons actuellement sur les mécanismes de Responsabilité Elargie du Producteur.

En quoi consiste le système d’Eco-points ?

A.B : A partir de 2010, nous avons installé des containers maritimes dans les zones urbaines mozambicaines pour en faire des points d’apports volontaires et d’achats de déchets recyclables. Dans ces Eco-points, des particuliers, des boutiques ou des entreprises apportent leurs déchets – certains types de déchets pouvant donner lieu à une rétribution. Une fois collectés, le gestionnaire de l’infrastructure les trie et les revend à des filières de valorisation. A l’origine, tous les types de déchets étaient acceptés mais désormais seuls les déchets ayant un réel intérêt économique sont retenus. Il s’agit par exemple des bouteilles en verre, des canettes en métal, du papier, du carton, ou encore des plastiques rigides. Au-delà des bénéfices environnementaux, ce système intègre une forte dimension sociale : les populations locales en grande précarité sont impliquées dans le projet et formées à la gestion de ces Eco-points. Nous sommes soutenus dans cette démarche par le Fonds SUEZ initiatives.

Nous disposons par ailleurs d’autres partenaires, qui sont actifs dans le domaine du recyclage au Mozambique : nous travaillons, entre autres, avec Pagalata, la brasserie nationale CDM, Vulcano, ou encore l’entreprise Flexivel Plastica à Beira, qui rachètent les déchets recyclables aux Ecopoints.
Aujourd’hui, il existe 11 Eco-points communautaires à Maputo, la capitale, qui représente plus de 1.1 million d’habitants ; et 5 à Beira, ville portuaire et troisième plus grosse ville du pays avec près de 650 000 habitants, soutenus par le Fonds SUEZ initiatives. Mais d’autres points de collecte se sont implantés de manière indépendante. En effet, depuis 2013 nous nous orientons vers une dynamique d’autonomisation donnant plus d’indépendance aux gestionnaires des Eco-points. Par exemple, la microentreprise RLR – Recolha de Lixo Reciclavel (Collecte de déchets recyclables), fondée par un ancien salarié d’AMOR, fédère des gestionnaires indépendants et gère une flotte de tricycles collectant les déchets recyclables auprès des particuliers et des entreprises. En contrepartie, nous demandons simplement un monitoring des quantités collectées afin d’évaluer les flux de déchets recyclables.

Quel est votre bilan sur ce projet et vos objectifs pour l’avenir ?

A.B : Le bilan est extrêmement positif. Pour nous, l’indicateur clef est l’autonomisation des Eco-points. Sur le plan social, nous avons créé des emplois et offert des opportunités nouvelles à des populations fragiles. Nous constatons également une certaine prise de conscience de la responsabilité environnementale dans la société mozambicaine. Sur les 500 tonnes de déchets recyclés dans le pays par mois, 60 tonnes transitent par les Eco-points.

Aujourd’hui notre rôle, en tant qu’association, est aussi de porter un plaidoyer pour la mise en place d’un cadre légal consolidant l’activité économique des Eco-points et des acteurs du recyclage.


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Le Fonds SUEZ initiatives soutient des actions concrètes pour développer durablement l’accès aux services essentiels (eau, assainissement et déchets) des populations défavorisés dans les pays en développement ainsi que pour favoriser l’insertion des personnes fragilisées grâce à l’emploi et la formation en France. Découvrez plus d’information sur le Fonds SUEZ initiatives ici





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