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Cajouvalor : transformer les noix de cajou en énergie

28.09.2016

En 2011, RONGEAD – ONG dont l’action porte sur l’appui aux petits producteurs des pays en développement – s’associait au CEFREPADE – Centre Francophone de recherche partenariale sur l’assainissement, les déchets et l’environnement – pour mener le projet Cajouvalor. Son objectif : le développement d’une technologie de valorisation énergétique des coques d’anacarde. Rencontre avec Pascale Naquin, directrice du CEFREPADE.


En quoi consiste le projet Cajouvalor ?

Pascale Naquin : Ce projet vise la valorisation énergétique d’un déchet, la coque de noix de cajou, grâce à la mise au point d’un réacteur de pyrolyse dit « H2CP » (High Calorific Cashew Pyrolyser). Le système permet de transformer les déchets issus du décorticage de la noix de cajou en deux types de combustibles : un gaz de pyrolyse alimentant notamment une chaudière, et du biochar à usage domestique ou professionnel, qui peut être vendu aux populations locales en remplacement du charbon de bois (souvent issu de forêts non gérées et menacées).

Comment ce projet est-il né ?

P.N. : RONGEAD est venu nous trouver en 2011. Les équipes en place au Burkina Faso avaient constaté que les petits producteurs et transformateurs de noix de cajou ne valorisaient pas les sous-produits, contrairement à l’Inde, le Viêt-Nam et le Brésil qui gagnaient ainsi en compétitivité. Nous étions face à un problème économique lié directement à un besoin énergétique. Nous avons ainsi mis notre expérience scientifique au service de ce projet à travers plusieurs étudiants de l’INSA de Lyon qui ont fait leurs premiers essais à partir d’un pilote qui n’a pas coûté plus de 50 euros. Comme quoi, il est possible de réaliser des travaux scientifiques importants avec très peu de moyens !

A quels besoins ce projet répond-il localement ?

P.N. : Les coques des noix de cajou sont encore souvent directement brulées pour produire de l’énergie, ce qui pose de gros problèmes environnementaux. En effet, l’huile phénolique présente dans les coques se consume très mal et produit des fumées acides très polluantes et irritantes. Cajouvalor offre une solution peu coûteuse, très simple à mettre en œuvre par les acteurs locaux, vertueuse et créatrice d’emplois qui leur permet de profiter d’un combustible gratuit et d’augmenter leur compétitivité en vendant un produit transformé. Car beaucoup, sans possibilité de valoriser les déchets, ne cassent pas les coques, processus nécessitant de l’énergie thermique pour les fragiliser. Aujourd’hui, ils peuvent vendre l’amande décortiquée beaucoup plus cher.

Quel avenir pour Cajouvalor ?

P.N. : Du fait qu’avec très peu de coques, on obtient de grandes quantités de charbon et de gaz, on peut imaginer une utilisation pour le séchage de mangue, dans les huileries de coton et par des entreprises comme des savonneries s’installant à proximité pour utiliser cet excédent énergétique. Sans compter qu’il est également possible de produire de l’électricité à partir du gaz et du charbon pour électrifier par exemple les habitations alentour. En un mot, cette solution s’adapte à divers marchés et peut tout aussi bien être installée dans une petite que dans une très grande structure. Dernièrement, le projet Cajouvalor a reçu le prix SUEZ Initiatives – Institut de France dans la catégorie « Accès aux services essentiels ». Ce prix donne véritablement du poids à notre initiative qui a ainsi toutes les chances de connaître un réel essor dans le monde entier. Je serai déjà début octobre en Haïti pour tenter de convaincre de la pertinence de développer la culture des anacardiers (les arbres produisant les noix de cajou), pour contribuer au reboisement mais aussi développer une activité agricole devenue rentable.

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Depuis 2012, le Fonds SUEZ initiatives et l’Institut de France soutiennent des initiatives favorisant l’accès aux services essentiels (eau, assainissement et gestion des déchets) dans les pays en développement. Vous trouverez des informations complémentaires sur le projet Cajouvalor et les autres lauréats en visitant le site Internet dédié.





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