open_resource : idées, points de vue
et solutions des acteurs de la révolution de la ressource



← Retour Focus Océans  

Créer une alternative au plastique grâce aux algues : entretien avec David Coti d’Algopack

07.11.2016

La production de biomatériaux est l’une des alternatives envisagées pour lutter contre la dissémination de plastique dans les milieux naturels. Le principe: «déplastifier», en introduisant sur le marché des matériaux alternatifs réutilisables. Rencontre avec David Coti, président d’Algopack, société bretonne produisant et commercialisant du bioplastique à base d’algues brunes.


Crédit : ©David Coti

Quel est l’intérêt des bioplastiques du point de vue de l’environnement ?

300 millions de tonnes de plastiques sont produites chaque année, dont au moins 8 millions finissent dans les océans, soit 450 kg déversés chaque seconde. La problématique est donc de savoir comment nous réduisons la production de plastique en amont et limitons la pollution dans les océans. L’idée est d’utiliser une ressource qu’offrent les océans : les algues. Si l’on raisonne en cradle-to-cradle1 , une algue qui a été transformée pour servir d’emballage peut tout à fait retourner dans l’océan sans mettre des années à se décomposer. Cela profite à tout l’écosystème marin, notamment aux animaux: il n’y a plus de risques d’étranglement pour les tortues, ni d’ingestion par les poissons (donc par les humains). C’est de plus une ressource qui capte naturellement le CO2 et produit de l’oxygène, apportant une meilleure oxygénation de l’eau.

Comment produisez-vous aujourd’hui ce substitut au tout-plastique ?

Nous cultivons des macroalgues brunes, des algues très fibreuses, en co-culture avec des coquilles Saint-Jacques, du saumon, etc. Nous mettons actuellement en place un process pilote. Il est en cours de développement et consiste dans le séchage de l’algue, le hachage, une étape de mélange avec une poudre d’origine végétale puis de malaxage, avant la micronisation, c’est-à-dire la réduction en granules. Ces granules représentent une matière 100% végétale, 100% biodégradable et compostable, que nous transformons nous-mêmes. Si nous commercialisons ce matériau, c’est principalement pour la fabrication de produits que l’on souhaite voir se dégrader rapidement : par exemple des pots de fleur, qui peuvent être replantés directement en terre — les plantes bénéficiant alors des propriétés d’engrais de l’algue.

Mais nous fabriquons également des produits à base d’algues que nous conditionnons et imperméabilisons pour leur assurer une plus grande durée de vie, comme des présentoirs ou des supports. Nous commercialisons aussi un autre bioplastique aux propriétés de transformation équivalentes à celles d’un plastique traditionnel, mais qui est constitué à 50% maximum de composés pétrosourcés. Ces solutions issues de la chimie du végétal permettent de limiter le recours aux ressources fossiles. Dans tous les cas, le champ d’application du bioplastique est aussi vaste que le plastique a d’utilisations.


Crédit : ©Algopack

Peut-on envisager demain une production à grande échelle ? Quels sont vos axes de développement ?

Notre usine pilote produit aujourd’hui quelques tonnes de biomatériaux par an, mais nous souhaiterions atteindre l’objectif d’ici 5 ans de 50 000 tonnes produites par an. Nous sommes en voie d’industrialiser le process, mais les machines qui répondraient à nos besoins n’existent pas encore. Notre travail consiste à développer de nouveaux moyens de production afin d’utiliser cette ressource au mieux, en particulier via de nouvelles procédures de séchage de l’algue, qui permettent de ne pas perdre toutes les propriétés, notamment fertilisantes, de cet organisme vivant. Nous devons encore mieux comprendre notre matière première. Les algues ne sont pas seulement utiles pour les biomatériaux, mais aussi, pour l’alimentaire, la cosmétique, le médical ou l’agrochimie. Or chacune de ces utilisations fait appel à des propriétés bien spécifiques de l’algue: un vaste champ d’application que nous cherchons à mieux appréhender afin d’optimiser la valorisation de cette matière.


Un livre, une personne, une initiative qui a changé votre regard sur l’océan ?

Je citerais l’activiste Paul Watson fondateur de l’ONG Sea Shepherd, pour sa force d’action, ses prises de risque et sa capacité à rassembler, et Nicolas Hulot, pour son exceptionnelle compréhension des problématiques environnementales, et le travail de sensibilisation et de promotion qu’il fait auprès des élus.


Une actualité à propos des océans qui vous donne de l’espoir ?

La France a interdit les sacs en plastique à usage unique au 1er juillet 2016, c’est positif. Et de manière plus générale, depuis la COP21, on sent une prise de conscience de nombreuses grandes entreprises, qui débouchent sur des actions concrètes. C’est important, car ce sont des prescripteurs pour l’opinion publique.


Une prédiction : à quoi ressemblera l’océan dans 20 ans ?

L’océan sera davantage une ressource que l’on saura valoriser et respecter, plus qu’une simple route marchande. Il sera mieux exploré et mieux connu.





Vous aimerez aussi