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Déchets plastiques : un continent à la dérive

07.11.2016

Près de 8 millions de tonnes de plastiques, issus à 80 % de sources terrestres,
se retrouvent chaque année dans les océans de la planète. Agglomérés par les courants, une part d’entre eux ont fini par former dans les cinq océans d’immenses territoires de déchets flottants : le fameux « continent de plastique », observé pour la première fois à la fin des années 1990.

Ce sont ces étendues que sillonne le voilier de l’association Expédition 7e Continent, emmené par le skipper et explorateur Patrick Deixonne, pour mieux les connaître, et pour sensibiliser citoyens et décideurs à la nécessité d’agir, en mer mais surtout à terre.

Crédits : Expédition 7e Continent

« Quand on traverse l’Atlantique à la rame, on a le temps de voir les paysages – et surtout de remarquer les objets insolites… » Marin et membre de la Société des explorateurs, Patrick Deixonne s’était lancé en 2009 dans une nouvelle aventure en solitaire quand sa route a croisé ces gigantesques amas de plastiques dérivant à la surface.

Quand ces vortex, présents dans tous les bassins océaniques du globe, ont-ils commencé à se former ? Nul ne le sait exactement. Invisibles depuis l’espace, ils ont été décrits pour la première fois en 1997 par l’océanographe américain Charles Moore. Ils seraient constitués d’environ 250 000 tonnes de débris plastiques, rejetés par les villes côtières mais aussi de l’intérieur des terres, fleuves et rivières entraînant les déchets vers la mer.

« Il ne s’agit pas d’un continent en termes de densité, explique Patrick Deixonne, puisqu’il ressemble plus à une soupe flottante de déchets plastiques fragmentés, mais en termes de superficie: à lui seul, le vortex du Pacifique Nord est aussi grand que l’Europe.»
Expédition 7e Continent : ce sera donc le nom de l’association que le navigateur fondera à son retour, dédiée à l’exploration scientifique de ces zones visibles seulement depuis le ponton des bateaux, et à la sensibilisation du grand public. Depuis 2013, l’association basée en Martinique mène des expéditions en voilier pour emmener des scientifiques sur place et quantifier la pollution des mers par les plastiques.

Crédits : Expédition 7e Continent


Connaître et faire connaître, avant de soigner

Avec le concours scientifique, à terre et en mer, d’institutions comme le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et l’Agence spatiale européenne, Patrick Deixonne s’est ainsi rendu avec son équipage dans l’Atlantique Nord, dans le Pacifique, et en 2016 dans le golfe de Gascogne.

« Nous voulons connaître avant de soigner, affirme le navigateur. Il y a besoin de la recherche scientifique fondamentale : quelle est la proportion de déchets nanométriques ? Comment les plastiques se répartissent-ils dans la colonne d’eau ? Comment les polluants, les bactéries et les virus – car il y en a – se déplacent-ils ? Avec quels impacts exacts sur l’environnement marin ? Pour cela, nous avons besoin de chimistes, de biologistes, d’océanographes, d’ingénieurs… » Pour Patrick Deixonne, l’une des étapes cruciales de cette connaissance passera par une cartographie détaillée des plaques de déchets, grâce au développement de capacités de lecture satellitaire.

La connaissance scientifique est aussi un levier déterminant pour sensibiliser et mobiliser le grand public. « Nous voulons mener un travail de conviction auprès des publics les plus importants : les décideurs économiques et politiques bien sûr, mais aussi et surtout la jeune génération », explique Patrick Deixonne.
L’association organise ainsi des tournées pédagogiques et des expositions dans les écoles françaises, et met à disposition des enseignants des kits numériques pour faire connaître aux enfants les enjeux de la pollution de l’océan par le plastique. Une application participative, développée par Expédition 7e Continent, permet aussi à tout un chacun de documenter et localiser, en les prenant en photo, des amas de déchets sauvages à terre, qui pourraient se retrouver dans les rivières puis en mer. L’alerte géolocalisée est transmise aux associations, entreprises ou collectivités locales engagées dans la lutte contre la pollution, qui se mobilisent pour ramasser les déchets.

Crédits : Expédition 7e Continent


« Le problème est en mer, mais les solutions sont à terre »

Les actions même massives de ramassage des déchets en mer ne régleraient pas le problème: c’est le leitmotiv de l’association. C’est bel et bien à terre qu’il trouve son origine, dans nos pratiques de consommation, dans nos modes de production industrielle, dans les lacunes qui peuvent parfois encore exister dans certains processus de collecte et traitement des déchets…
Les solutions elles aussi doivent être mises en œuvre dans les territoires, dans les villes, les instituts de recherche, ou encore auprès des consommateurs et des citoyens, qui peuvent agir en amont avant que les plastiques ne se retrouvent dans les océans. Expédition 7e Continent mène ainsi avec l’Agence de l’eau Seine- Normandie des opérations de ramassage de déchets sur les berges de la Seine par des scolaires et des lycéens.

Mais surtout, « il faut redonner une valeur au plastique », résume l’explorateur militant, en cessant d’en faire des objets instantanément jetés, en le considérant véritablement comme une ressource – ce qui implique de mieux le collecter et le trier, et de développer de nouveaux savoir- faire pour le valoriser et le réutiliser.

À cette fin, Expédition 7e Continent a noué des partenariats avec différents acteurs économiques, des industriels ou encore des acteurs de la plasturgie. Ces derniers peuvent contribuer à la mise en œuvre de solutions efficaces, en développant des bioplastiques, ou des plastiques moins variés, ce qui faciliterait leur recyclage. Les pouvoirs publics et industriels de l’environnement peuvent, de leur côté, agir « en investissant dans des stations d’épuration permettant de filtrer en amont les microparticules de plastique », propose le navigateur.

« Nous cherchons à fédérer, conclut-il. Il faut encourager, partager les travaux. Les technologies qui seront déployées à l’échelle industrielle dans dix ans s’inventent maintenant, ensemble.»



Cet article a été publié dans le troisième numéro d’open_resource magazine : « L’océan, avenir de la planète bleue »





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