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demain, des pays 100 % circulaires ?

25.09.2017

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Usbek & Rica est un média français aux déclinaisons digitales, print et événementielles. Il s’est donné pour mission d’« explorer le futur : le futur proche, le futur lointain, voire le très long terme », avec enthousiasme et optimisme. open_resource magazine a souhaité lui donner la parole pour cet exercice de prospective.


À l’échelle d’un pays, passer d’une économie linéaire à une économie circulaire commence par faire évoluer les mentalités. En parallèle, il faut mener une transformation des structures industrielles, économiques et sociales de manière à encourager l’écoconception des produits et matières, à favoriser la collaboration inter-industries et à promouvoir l’économie de la fonctionnalité. Un trop grand défi ? Pas pour les Pays-Bas, qui doivent devenir circulaires en 2050, un cap fixé depuis 2016 par le gouvernement local.

Voyage au (nouveau) centre d’une terre circulaire ?

Eva-Lanxmeer - éco-quartier terminé en 2009, Culemberg, Pays-Bas

Eva-Lanxmeer – éco-quartier terminé en 2009, Culemberg, Pays-Bas – Crédits : Thi Hong Cam Vo


Penser l’économie circulaire à l’échelle d’une nation, est-ce vraiment encore une utopie ? Le rapport publié par le gouvernement néerlandais en 2016, Une économie circulaire aux Pays-Bas en 2050, donne plutôt à cette ambition un caractère concret.


La circularité, l’horizon commun d’un pays pionnier

La stratégie fixée au plus haut sommet de l’État préconise le recours à des ressources renouvelables, le recyclage et l’utilisation optimale des biens afin de limiter l’impact des activités humaines sur l’environnement tout en préservant la santé publique. Pour mettre en place l’application pratique de ces principes, un ancrage économique et social des logiques circulaires s’impose. Comment gérer cette transition dans la sphère économique ? En optimisant les structures actuelles de manière à réduire les coûts de production « traditionnels » et en créant de nouveaux débouchés. Écoconception des produits, recyclage des matières premières, valorisation des déchets organiques, économie du partage sont quelques-unes des solutions déployées. La Netherlands Organisation for Applied Scientific a d’ailleurs estimé qu’en adoptant une économie circulaire, le pays pourrait engranger un bénéfice de 7,3 milliards d’euros par an et créer plus de 50 000 emplois supplémentaires1. 100 mégatonnes de matières premières seraient consommées en moins, soit le quart de ce qu’importent annuellement les Pays-Bas aujourd’hui et les émissions de CO2 devraient diminuer de 17 mégatonnes, 10 % de moins que le niveau actuel.


Transformation radicale ou mue progressive ?

Le programme néerlandais est en réalité la poursuite et l’accélération d’une transition initiée depuis déjà une dizaine d’années avec la valorisation des déchets en énergie, notamment à partir de biomasse (résidus et matières organiques), le soutien à des initiatives durables issues de la société civile, d’entreprises ou d’ONG via des « Green Deals »2 dans le domaine des transports, de la biodiversité ou encore de l’économie…

Dans le pays, le mouvement semble ainsi bien enclenché. En 2014, plus de 80 % des matières cartonnées et 90 % des métaux étaient déjà recyclés. Les initiatives foisonnent. Les jeans de la célèbre marque néerlandaise G-Star Raw sont faits de matériaux recyclés depuis 2007. Philips, l’un des poids lourds économiques du pays, a expérimenté le fait de vendre ses ampoules selon la consommation d’électricité qu’elles génèrent. En outre, plusieurs organismes de traitement des déchets sont aujourd’hui rassemblés dans le projet 100-100-100 : un programme d’incitation spécifique conduisant 100 ménages à réduire leurs déchets jusqu’à 100 % en 100 jours. Dans les centres urbains essaiment les Repair Cafés, où les citoyens trouvent ensemble des solutions pour réparer des produits de consommation courante, incitant les industriels à produire des objets « faciles à réparer ». Au total, 800 000 emplois sont déjà liés à l’économie circulaire, soit 8 % de la population active nationale.

Mais la tâche ne sera pas aisée. Même si le mouvement est déjà enclenché, il faudra un
« changement de structure de l’économie », selon les mots du gouvernement. En renversant la table ? Pas vraiment. Il s’agit plutôt de profiter des capacités de production « linéaire » existantes tout en limitant leurs externalités négatives, en incitant par exemple les industriels à mutualiser leur matériel et leurs compétences ou à adopter des process plus propres et moins gourmands, en eau par exemple. Il s’agit aussi de favoriser la naissance d’entreprises tournées vers le « co- »3, à l’image du covoiturage.


La ville, pilier d’une économie circulaire nationale ?

C’est l’échelon des villes qui semble le plus à même d’activer les leviers pour que le pays réussisse sa transformation. Elles permettent d’articuler les différentes initiatives circulaires et d’engager la nécessaire coopération des acteurs. Il arrive même que les municipalités prennent la direction de certaines impulsions données au niveau national. En 2016, un City Deal a été signé avec huit villes, dont Rotterdam, Utrecht et Amsterdam, pour utiliser de l’électricité verte pour tous les trams, métros et l’éclairage public. Certaines de ces villes vont également lancer des projets-pilotes locaux. Haarlemmermeer se veut ainsi pionnière dans le secteur de la construction en ne concevant et n’utilisant que des matériaux écoconçus. Pour faire perdurer cet effort, les acteurs publics capitalisent aussi sur l’inventivité des entreprises, des associations, des citoyens locaux : des living labs, laboratoires d’innovation ouverte rassemblant toutes les bonnes volontés créatives, élaborent et expérimentent des solutions et des savoirs qui seront, demain, les nouveaux piliers de la création de valeur.


Nouvelle gare centrale de Rotterdam inaugurée en 2014

Nouvelle gare centrale de Rotterdam inaugurée en 2014 – Crédits : Frans Berkelaar


Un pays circulaire dans un monde linéaire ?

Mais quel sens un modèle circulaire aurait-il s’il n’était appliqué qu’à un seul pays ? Conscients de la dimension globale de ce défi majeur, les Pays-Bas plaident en faveur d’une véritable coopération internationale en la matière. Ils envisagent aussi la création d’un programme de partage du savoir-faire néerlandais à l’étranger à destination des entreprises et des États qui souhaiteraient eux aussi enclencher leur mutation.

Les obstacles, certes, demeurent. Les Pays-Bas, seuls, n’estiment pas avoir l’influence diplomatique suffisante pour peser sur leurs partenaires commerciaux de manière à modifier, par exemple, les normes entourant la production de marchandises et imposer des biens écoconçus. Toutefois, le pays veut montrer la voie et créer un effet boule de neige.
Avec succès ? Rendez-vous en 2050.


1-Calcul théorique prenant en compte des mesures de circularisation telles que la création d’une filière complète de valorisation des déchets et le déploiement de logiques circulaires dans les secteurs de l’industrie métallurgique et de la production d’électricité.
2-Modèle de politique publique innovant en provenance des Pays-Bas et susceptible d’accélérer la transition vers l’économie circulaire.
3-Reprend le préfixe de trois concepts liés à l’économie du partage : la collaboration, la coopération, le collectif.


Cet article a été publié dans le quatrième numéro d’open_resource magazine : « L’ère de l’économie circulaire »





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