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Demain, l’urbanisme océanique

07.11.2016

Les villes côtières représentent aujourd’hui deux tiers des mégapoles que compte la planète, et concentrent une part croissante de la population et des activités humaines.

Premières concernées par les effets du changement climatique sur les océans, elles devront dans les prochaines décennies affronter la montée des eaux et se montrer résiliantes à des événements météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents. Un nouvel urbanisme s’invente : après les villes vertes, le temps est-il venu des villes bleues ? Revue d’enjeux et de tendances, par Usbek & Rica, le média qui explore le futur.

Ouragan en Floride – Crédits : Mariamichelle

Le monde urbain se déplace-t-il vers le littoral ? Si les rivages ont toujours été favorables à l’émergence des villes, ce mouvement s’est accéléré avec la mondialisation des dernières décennies et ne semble pas devoir s’arrêter.

En 2009, 67 % des agglomérations de plus de dix millions d’habitants dans le monde étaient situées sur les côtes – et ces mégapoles côtières devraient encore croître de 80 millions d’habitants d’ici 2030. Partout sur la planète, la croissance des zones urbaines littorales dépasse celle des autres villes.



Montée des eaux, moussons et ouragans

De plus en plus denses et peuplées, puissantes, les villes littorales sont aussi appelées à devenir plus fragiles. De New York à Manille, de Lagos à Copenhague, les cités côtières de toutes tailles figurent parmi les habitats humains les plus exposés aux conséquences du réchauffement climatique, en raison de leur proximité avec l’océan. Inondations et montée des eaux pourraient à elles seules leur coûter près de 1 000 milliards de dollars par an en 2050 si aucune mesure n’est prise, selon un rapport récent de la Banque mondiale.

Selon les régions du monde, d’autres événements comme les moussons, les cyclones et les ouragans seront rendus plus intenses et plus fréquents par le réchauffement de la planète. Ces événements représenteront des défis immenses pour toutes les grandes fonctions urbaines des villes côtières : habitats, espaces publics, systèmes énergétiques, de transport, de santé, de gestion de l’eau potable… Les zones urbaines les moins élevées devront aussi faire face à la montée des eaux, susceptible de recouvrir des quartiers entiers : les villes chinoises (Shanghai), indiennes (Calcutta) et d’Asie du Sud-Est (Jakarta) sont les plus menacées – mais les projections de montée des eaux montrent que, si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel, New York, Tokyo, Miami, Londres ou encore Rotterdam pourraient aussi être impactées d’ici un siècle ou deux, selon une étude du think tank Climate Central.



Fuir les villes côtières ou les réinventer ?

Abandonner les rivages pour se retirer dans les terres : cette éventualité se fait de plus en plus entendre, au fil des rapports du GIEC, dans les colonnes du New York Times ou encore au sein des cabinets de conseils en ingénierie. À l’opposé, de nouveaux utopistes proposent de prendre les devants et de construire nos cités en pleine mer – en témoignent les projets de villes flottantes du Seasteading Institute aux États-Unis ou Aequorea, le concept futuriste imaginé par l’architecte belge Vincent Callebaut : une immense structure nautique et subaquatique imprimée en 3D à partir d’algues et de déchets de plastiques issus des gyres océaniques.

D’autres alternatives émergent, pour adapter les villes à cette nouvelle donne. En 2014, le concours d’architecture ONE Prize Award proposait aux agences candidates de travailler sur la question des villes stormproof, « à l’épreuve des tempêtes » – signe parmi d’autres de la naissance d’une véritable mobilisation d’architectes, de designers, de communautés locales pour inventer des villes côtières non seulement respectueuses de leur environnement littoral, mais aussi résiliantes aux assauts de l’océan. Certaines des mégapoles de bord de mer commencent d’ailleurs à se doter de Chief Resilience Officers, à l’image de Miami.

Aux États-Unis toujours, en réponse aux ravages causés par l’ouragan Sandy, des collectifs d’architectes co-designent de manière participative avec les communautés locales des espaces publics, des bâtiments, des systèmes énergétiques et de gestion de l’eau potable. L’objectif : réduire leur vulnérabilité et les rendre capables de survivre à de tels chocs, à l’image de l’opération Resilient Long Island, qui préfigure l’adaptabilité des villes littorales du futur. À Rotterdam, ville en grande partie située sous le niveau de la mer, la municipalité étudie la création de water plaza, des parcs publics capables d’absorber et de retenir l’eau en cas d’inondation, préservant ainsi le centre urbain.

Les catastrophes peuvent aussi inciter à utiliser les capacités offertes par la nature : la ville de Padang sur l’île de Sumatra abrite aujourd’hui Kogami, un projet de « foresterie corallienne » conçu par l’architecte Ben Devereau. En stimulant le développement de récifs coralliens sur des containers recyclés immergés dans l’océan, la ville pourra réduire la force des tsunamis qui pourraient la frapper.

Reliant ces initiatives de plus en plus nombreuses, se dessine ainsi l’idée d’un blue urbanism, – « urbanisme bleu », compagnon nécessaire de l’urbanisme vert du développement durable. Alors que les villes du monde deviennent des acteurs majeurs de la lutte contre le changement climatique, les cités côtières pourraient faire figure de pionnières dans la réinvention de notre relation à l’océan et au monde naturel.



Cet article a été publié dans le troisième numéro d’open_resource magazine : « L’océan, avenir de la planète bleue »





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