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Denrées alimentaires : pourquoi et comment mettre fin au gaspillage à grande échelle

22.04.2015

Selon le FAO (l’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation), le gaspillage alimentaire dans le monde s’élèverait à 1,3 milliard de tonnes par an, soit le tiers de la production de denrées alimentaires destinée à la consommation humaine. Sans parler du coût estimé à 990 milliards de dollars par an, cette situation a un large impact sur l’état des ressources. Chaque année, il est responsable du rejet dans l’atmosphère de 3,3 gigatonnes de CO2 et monopolise près de 30% des terres cultivables. Face à ces enjeux, de nombreuses initiatives se développent pour les réduire à la source et accroître leur valorisation.

Réduire la quantité de déchets alimentaires commence par éviter de jeter les aliments non consommés. À Bruxelles, une brasserie récupère le pain invendu des supermarchés. Séché puis moulu en farine, il est séché et ensuite mélangé à de la farine de malte d’orge. Chaque mois, une demi-tonne de pain est ainsi récupérée et transformée pour produire 4 000 litres de bière. Autre rayon, même logique : en France, Confitures Re-Belles récupère les fruits écartés des circuits de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution pour des raisons d’esthétique, de mauvaise gestion des stocks ou de surplus de production et les transforme en confitures. En France, un rapport parlementaire sorti ce mois-ci préconise même l’interdiction à la grande distribution de jeter la nourriture périmée invendue afin de la donner à des associations ou de la vendre à prix réduit dans des rayons spécifiques.

De nombreuses collectivités dans le monde agissent plus en aval pour éviter de gaspiller… les déchets. Objectif : mieux les valoriser. Une ambition qui passe d’abord par le tri sélectif des déchets organiques issus des cuisines et des assiettes. San Francisco fait figure dans ce domaine de pionnière. La ville californienne qui s’est fixé l’objectif « zéro déchet non transformé » en 2020, contre déjà 80% aujourd’hui, collecte chaque jour 600 tonnes de restes alimentaires et de plantes que les habitants déposent dans des poubelles ad hoc. Le tout est transformé est compost.

Le compostage urbain est aussi privilégié à New York dont la municipalité déploie des composteurs de rue pour les habitants. Et l’initiative donne des idées à la mesure des 100 millions de tonnes déchets organiques produits chaque année par les 8 millions de New Yorkais. Un cabinet d’architectes a imaginé de construire une dizaine d’îles artificielles dédiées au compostage industriel. Enfouies en sous-sol sous des espaces verts, le concept éviterait les coûts et nuisances associés au transport vers les décharges en périphérie. De son côté, GET Innovation, une jeune société française, mise sur le compostage express pour tous avec une gamme de composteurs pour les familles, les restaurateurs ou les cantines qui transforment les déchets en engrais alimentaires en 24h.


Echantillons de compost – ©SUEZ environnement

L’autre débouché majeur des déchets alimentaires est bien sûr la production d’énergie (biogaz) grâce à la méthanisation. Si la solution n’est pas nouvelle, elle séduit de plus en plus de grandes villes à l’image de Hong Kong. Afin de réduire les inconvénients de l’enfouissement (surfaces occupées, émanations de méthane, pollution des sols et des nappes phréatiques), le gouvernement vient de lancer la construction d’une usine de méthanisation d’une capacité quotidienne de 200 tonnes.

Reste que de nombreuses autres filières de valorisation sont sûrement à imaginer comme le prouve une équipe de chercheurs du CEMEF (Centre de mise en forme des matériaux) de MINES ParisTech, avec l’aéropectine. Issu de la pectine qu’on trouve dans les pépins et les zestes de fruits, ce matériau léger et peu cassable offre des propriétés de super-isolant thermique qui pourraient trouver une application dans le bâtiment ou les réfrigérateurs. Ou comment enfin trouver une utilité à nos épluchures d’orange et autres pépins de pomme.