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Dérèglement climatique et sécurité alimentaire : deux enjeux globaux intrinsèquement liés.
Le point de vue de Jean-Louis Chaussade.

30.11.2015

Dans chaque numéro d’open_resource magazine, Jean-Louis Chaussade, directeur général de SUEZ, propose sa vision d’un défi majeur en lien avec la révolution de la ressource. Pour ce premier numéro, il apporte son point de vue sur le lien entre changement climatique et sécurité alimentaire.

Dans un contexte marqué par l’augmentation de la population mondiale et l’explosion urbaine, le dérèglement climatique constitue un nouveau défi pour les systèmes de production alimentaire actuels. Or l’adoption des Objectifs de Développement Durable de l’ONU quelques semaines avant la COP21, plus qu’un hasard de calendrier, met en lumière le degré d’urgence tout comme l’interaction entre ces enjeux majeurs de notre siècle.
Le dérèglement climatique n’est pas uniquement une question d’énergie. Les ressources en eau, indispensables à la production agricole, figurent au premier rang des écosystèmes impactés par le changement climatique. Comment garantir sécurité alimentaire et accès à l’eau potable pour tous dans un monde qui pourrait atteindre 9 milliards d’habitants d’ici 2035, et où les prévisions les plus pessimistes prévoient une augmentation des températures supérieure à 3 degrés Celsius si aucun accord contraignant n’est conclu et signé lors de la COP21 ?
Ces challenges appellent des actions et des réponses concrètes de l’ensemble des acteurs de nos sociétés : autorités publiques, entreprises, ONG, citoyens.


Champs circulaires – Texas, États-Unis – Crédit: Google Earth

Assurer la sécurité alimentaire, promouvoir l’agriculture durable, garantir l’accès de tous à l’eau dans des conditions équitables : autant d’objectifs reconnus comme prioritaires par l’ONU dans les Objectifs de Développement Durable.
Conflits d’usage, pénuries d’eau, pollution des ressources constituent des menaces pour la stabilité des systèmes de production alimentaire et de production d’eau potable, des menaces qui existent déjà aujourd’hui mais qui demain s’accroîtront considérablement sous l’effet du changement climatique si des décisions ambitieuses ne sont pas prises.
Nous constatons déjà la multiplication des épisodes de sécheresse dans de nombreuses régions du monde, de la Californie au bassin méditerranéen. Nous savons aujourd’hui que 40 % de la population mondiale vivra dans des régions en stress hydrique d’ici 2035, qu’il faudra accroître la production alimentaire de 70 % dans les trente-cinq prochaines années pour nourrir la population mondiale et que 600 millions de personnes pourraient être sous-alimentées à cause du changement climatique d’ici 2050. Nous devons, face à ces constats, chacun dans son rôle, œuvrer à l’invention et à la mise en place de nouveaux modèles de production.

L’agriculture, qui consomme aujourd’hui 70 % de l’eau prélevée dans le monde, doit s’adapter pour produire plus avec moins. Cette transformation s’accompagne par la mise en place de systèmes d’irrigation intelligents permettant d’apporter la bonne goutte au bon endroit et au bon moment, par le développement d’outils de suivi des niveaux des nappes phréatiques, par la mise en place de solutions de gestion patrimoniale des nappes souterraines ou de production d’eau alternatives comme le re-use…
L’assainissement et la gestion des déchets jouent également un rôle clé pour répondre à ces enjeux. Diminuer la proportion d’eaux usées non traitées rejetées dans les milieux naturels, lutter contre l’immersion de déchets et leur rejet dans les milieux naturels qui les conduisent trop souvent dans les océans, c’est aussi œuvrer à la préservation de la biodiversité indispensable à la sécurité de la production alimentaire.

Les solutions techniques ne manquent pas et continueront à se développer. On peut se réjouir du foisonnement de propositions, d’innovations que l’on constate partout dans le monde. Mais ces solutions techniques ne suffiront pas sans une évolution de nos comportements et de nos actes.
En matière de production alimentaire, la réduction des denrées gaspillées est en ce sens un autre enjeu clé. On estime qu’un tiers de la nourriture produite dans le monde est perdue chaque année, du fait de problématiques de stockage et d’acheminement en amont de la chaîne alimentaire ou de gaspillage de la part des consommateurs. En d’autres termes, 30 % des terres agricoles sont cultivées pour produire de la nourriture jetée. C’est autant d’eau utilisée en vain, autant de nouveaux déchets générés, déchets dont la dégradation entraîne une importante production de gaz à effet de serre.
Ainsi, si le gaspillage alimentaire était un pays, il serait le troisième émetteur de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Nous n’avons plus les moyens d’assumer le coût environnemental de ce gaspillage.

L’optimisation de la gestion des ressources, l’évolution des modèles de production pour les rendre plus sobres et plus durables sont plus que jamais nécessaires pour faire face aux challenges que nous devons relever. L’engagement de tous et des expertises croisées, politiques, économiques, sociales ou sociétales, contribueront aux nouvelles alliances climato-responsables qui s’imposent aux décideurs d’aujourd’hui pour les générations qui viennent.

Jean-Louis Chaussade

Retrouvez cet article dans le premier numéro d’open_resource magazine: « Comment changer de climat ? »





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