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Des bactéries dans le ciment : comment le biomimétisme inspire la construction durable

13.05.2015

Confrontés au double défi d’une population toujours croissante et d’une pression sur les ressources disponibles, les territoires sont au défi d’imaginer des bâtiments plus durables : meilleure efficacité énergétique, réduction des matériaux utilisés… Un ciment révolutionnaire mis au point par un chercheur néerlandais pourrait à l’avenir contribuer à accroître la durée de vie des bâtiments.

Parmi les industries consommatrices de ressources, le secteur du bâtiment (construction et démolition) représente une part non négligeable : en Europe, 25% du volume global de déchets produits viendraient des déchets de construction et de démolition selon Eurostat. Parce qu’il représente 70% du bâti, le ciment constitue un terrain de recherche privilégié pour les chercheurs et innovateurs qui réfléchissent à rendre l’habitat plus durable.

Hendrik Jonkers, microbiologiste néerlandais sélectionné parmi les finalistes du Prix de l’Inventeur européen 2015 de l’Office européen des brevets, a eu l’idée de s’inspirer des tentacules autoréparatrices des pieuvres ou des plantes pour mettre au point un nouveau ciment capable d’auto-réparer les fissures d’un ouvrage. Pour cela, Mark Jonkers intègre dans le ciment des bactéries naturelles (Bacillus pseudofirmus et B. cohnii) capables de produire du calcaire. Restant en sommeil, elles se « réveillent » dès qu’elles sont au contact de l’eau qui s’infiltre dans une fissure. Le processus de fabrication du calcaire vient alors combler les trous. Autre atout de cette innovation : les bactéries consomment de l’oxygène évitant par la même occasion la corrosion interne du ciment.

Pour le secteur du bâtiment, ce nouveau matériau possède une autre propriété essentielle : sa durabilité. Les bactéries peuvent rester en sommeil pendant 200 ans, ce qui représente un véritable atout pour les ouvrages d’art d’accès difficile. Ce ciment qui croise les disciplines de la biologie marine et de construction, pourrait permettre au BTP de réduire significativement les coûts de maintenance de ses ponts, tunnels,…

Au-delà de l’impact réduit sur la consommation de ressources, cette innovation témoigne de la richesse des approches fondées sur le biomimétisme pour s’attaquer au défi d’une meilleure utilisation des ressources.