open_resource : idées, points de vue
et solutions des acteurs de la révolution de la ressource



← Retour Solutions  

ELSA-PACT : une chaire industrielle au service de la performance environnementale

19.10.2017

La Chaire ELSA-PACT est la première chaire industrielle dédiée à l’Analyse du Cycle de Vie (ACV) en Europe. Portée par l’Institut National de Recherche en Sciences et Technologies pour l’Environnement et l’Agriculture (IRSTEA), elle accompagne les entreprises en proposant des méthodes d’évaluation durable de produits ou de services basées sur l’approche « Cycle de vie ». Sa particularité réside dans son approche normalisée 1, multi-impacts qui fournit une vision exhaustive de la performance environnementale d’un produit ou service.

Eclairage sur cette méthode avec Philippe Roux de l’IRSTEA.





Pouvez-vous vous présenter ?

Philippe Roux : Je suis ingénieur de recherche à l’IRSTEA et cofondateur du pôle de recherche pluridisciplinaire ELSA (Environmental Lifecycle and Sustainability Assessment) regroupant 5 institutions de recherche et d’enseignement supérieur dans la région Occitanie. Mes travaux de recherche tournent autour de l’ACV depuis plus de 10 ans, avec un focus important sur l’eau ces dernières années.

Qu’est-ce que l’Analyse du Cycle de Vie ?

Philippe Roux : C’est une méthode scientifique, reconnue internationalement, qui intègre jusqu’à 18 indicateurs pour déterminer l’impact environnemental d’un bien ou d’un service tout au long de son cycle de vie. Ces indicateurs concernent par exemple l’écotoxicité, le réchauffement climatique ou l’épuisement des ressources et ils peuvent être regroupés en 3 catégories : impacts sur les écosystèmes, la santé humaine et les ressources naturelles. Pour les quantifier, il faut réaliser l’inventaire de toutes les ressources naturelles consommées, de la quantité de déchets produits ainsi que des émissions de polluants dans l’eau, l’air, les sols … et ce depuis l’extraction des matières premières nécessaires à la fabrication du produit ou service, jusqu’à leur élimination en fin de vie.

L’avantage de l’ACV, c’est donc qu’elle se veut complète, à la fois dans la prise en compte de toutes les étapes d’un système mais aussi dans la quantification de tous les impacts potentiels. L’ACV permet ainsi d’identifier les éventuels transferts de pollutions : par exemple, la recherche de la « meilleure » solution pour lutter contre le réchauffement climatique ne devra pas se faire au détriment de la qualité des milieux aquatiques ou d’une consommation excessive de ressources naturelles. Dans notre jargon « d’ACViste », nous appelons cela une évaluation des impacts « du berceau à la tombe », qui nous permet d’identifier les fausses-bonnes solutions et d’engager un véritable processus d’éco-conception.

A titre d’information, il existe également une ACV dite « sociale » qui est une discipline émergente inspirée de l’ACV classique et qui s’intéresse aux impacts sociaux engendrés par une filière (i.e. un cycle de vie) sur les populations ou les travailleurs au même titre que l’ACV environnementale s’intéresse aux impacts environnementaux.

Comprendre la pensée Cycle de vie :



Comment se déroule une ACV ?

Philippe Roux : Elle comprend 4 phases. Tout d’abord, avec le commanditaire, nous définissons l’objectif et le périmètre de l’étude ainsi que le service rendu pour lequel on souhaite quantifier les impacts environnementaux (exemple d’objectif : comparer l’empreinte environnementale de deux technologies de traitement des effluents d’un habitant). Une fois cette étape réalisée, nous réalisons un inventaire complet des ressources consommées et des polluants émis à toutes les étapes du cycle de vie des technologies impliquées.

Ensuite, cet inventaire est interprété à l’aide de logiciels qui fournissent une empreinte environnementale multicritère incluant jusqu’à 18 catégories d’impacts. Pour finir, nous analysons ces données en fonction de l’objectif de l’étude et en tirons des conclusions soit pour faire un choix entre ces technologies, soit pour engager une démarche d’écoconception afin de les améliorer sur les dimensions où elles sont les plus faibles.

Quelles sont les applications de l’ACV environnementale ?

Philippe Roux : L’ACV est un outil d’aide à la décision de plus en plus utilisé en support des stratégies industrielles ou de la décision publique. Ainsi, l’ACV est déjà très largement diffusée dans le secteur des produits de grande consommation (labellisation, éco-étiquetage, achats verts, etc.) ou dans le secteur de la chimie verte (éco-conception, benchmarking environnemental, etc.). Elle est aussi très utilisée par les agences environnementales telles que l’Ademe ou l’Agence de la Biodiversité par exemple pour évaluer l’efficacité d’un biocarburant. L’idée principale, c’est de disposer d’un outil consensuel et scientifiquement fondé pour réaliser des diagnostics qui permettront de prendre les « meilleures décisions pour l’environnement ».

ACV et aide à la décision publique – Application au cas de l’eau :



Concrètement, comment cette approche s’applique-t-elle aux activités de services dans l’environnement ?

Philippe Roux : Comme nous l’avons vu, l’ACV s’applique déjà à l’évaluation environnementale de nombreux produits. Elle s’est aussi logiquement développée, dans le domaine des déchets conventionnels et plus récemment dans celui de l’assainissement afin de comparer différents modes de gestion ou d’éco-concevoir un procédé nouveau. Pour l’ACV d’un service, il suffit d’identifier tous les systèmes techniques qui contribuent sur l’ensemble de son cycle de vie à la fourniture de ce service.

L’ACV est également adaptée à l’économie circulaire ou à l’économie de la fonctionnalité. Par exemple, si nous produisons du biogaz avec des boues d’une station d’épuration, l’ACV quantifie non seulement les impacts environnementaux nécessaires au fonctionnement de la filière mais aussi les impacts évités (i.e. la quantité de gaz auquel se substitut notre biogaz). Le développement de l’économie circulaire vise à sortir d’une logique économique en boucle ouverte « du berceau à la tombe » vers une logique « du berceau au berceau »; c’est à dire où les déchets d’une filière deviennent les matières premières d’une autre. Le développement des « ACV territoriales » est alors une approche tout à fait adaptée pour bien capter les nombreux avantages environnementaux de la démarche, mais sans oublier les impacts associés à son propre fonctionnement.

L’ACV : un outil contribuant à la performance environnementale et sociale de votre entreprise


En quoi consiste votre partenariat avec SUEZ au sein de la chaire industrielle ELSA-PACT ?

Philippe Roux : SUEZ est membre fondateur de la Chaire. Notre partenariat s’opère aujourd’hui principalement avec les équipes de deux centres de recherche du Groupe, le CIRSEE en région parisienne, et le LyRE à Bordeaux.
L’un des grands focus méthodologiques abordés est l’amélioration des méthodes ACV relatives à l’eau. Par exemple, sur l’aspect « qualité de l’eau » (pollutions), les indicateurs d’ACV sont très aboutis, mais nous cherchons à mieux quantifier et intégrer les bénéfices de l’élimination de certains micropolluants chimiques retrouvés dans les eaux usées. Pour ce qui concerne les aspects quantitatifs (utiliser moins d’eau) des travaux méthodologiques important sont conduits dans la Chaire pour mieux évaluer les effets de privation d’eau sur les écosystèmes et la ressource.

Ce partenariat est aussi une opportunité pour mieux faire connaître aux collaborateurs de SUEZ la méthodologie ACV à travers des formations et des séminaires. Nous réalisons aussi des logiciels simplifiés pour que les ingénieurs et techniciens de SUEZ puissent intégrer la méthode ACV dans leur travail quotidien par exemple pour étayer leurs offres avec une dimension environnementale.


Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le guide de l’ACV à l’usage des entrepreneurs.




1-ISO 14044





Vous aimerez aussi