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Libérer l’économie circulaire !

08.06.2017

À l’origine, l’open source désigne une méthodologie de développement de logiciels informatiques. Elle est fondée sur les principes de libre accès, libre modification et libre redistribution du code source rédigé par le développeur. L’objectif : ouvrir à tous la possibilité de faire évoluer un logiciel, afin que celui-ci s’améliore et touche davantage d’utilisateurs. En 2014, Lars Zimmermann crée le réseau OSCEdays avec cette idée en tête : et si on appliquait ces principes à d’autres domaines qu’au logiciel ?





Les OSCEdays se présentent comme une plateforme globale de partage d’idées et de procédés visant à répondre collectivement aux enjeux liés à la production écologique de nouveaux biens et services. Dans cette optique, elle promeut l’économie circulaire et ses valeurs à travers l’organisation d’événements locaux rassemblant tous ceux qui souhaitent innover dans des secteurs aussi variés que la gestion des déchets, le design durable ou la mode responsable. Leur objectif étant de favoriser la consommation responsable et la production durable en créant des communautés locales capables d’innover et d’agir concrètement.


Designer des produits facilement recyclables

Lars Zimmermann, artiste, économiste et multi-entrepreneur allemand, est un homme curieux. En 2009, il réfléchit déjà à fonder une communauté innovante dont les principes s’appuieraient sur ceux du « design régénératif ». Empruntée à l’architecture, cette notion désigne des modes de conception de biens matériels dont chaque composant est réutilisable à 100 %. Souhaitant développer le marché des produits entièrement recyclables, Lars Zimmermann pousse ce principe plus loin : que l’on parle d’une chaise ou d’un lave-linge, il faudrait que les plans de fabrication ou de réparation soient « ouverts ». C’est ce qu’il appelle dans un premier temps le « design régénératif ouvert » avant de se rendre compte qu’il reprend en réalité deux concepts existants : l’économie circulaire et le logiciel libre. La communauté OSCEdays, pour Open Source Circular Economy days, est née.

Celle-ci s’appuie sur la philosophie « open » et sur la conception de biens et de services circulaires. Comme un logiciel développé en open source, les produits circulaires seront eux aussi « ouverts » afin d’être facilement et entièrement re-fabriquables, re-distribuables et recyclables. Pour faire vivre cette communauté, il restait alors à rassembler des groupes de concepteurs, d’inventeurs, d’associations ou de citoyens pouvant être séduits par cette vision.


Vélos open source, réparation collaborative de smartphone

Les XYZ Cargo sont des vélos biporteurs ou triporteurs produits et distribués selon les principes de l’économie circulaire. Imaginés par un collectif d’artistes-architectes de Copenhague, leurs plans sont rendus publics, en accord avec les principes de l’open source. Chacun peut les fabriquer, les modifier, les réinventer.
Par ailleurs, avec la plateforme IFixit, littéralement « Je le répare », n’importe qui peut créer des manuels et tutoriels de réparation de smartphone, « hackés » légalement par tout un chacun puis partagés. Autre exemple : la société Shower Loop, qui développe et vend un dispositif anti-gaspillage d’eau pour la douche, met aussi à disposition d’autres solutions, libres de tout brevet, pour que les ménages puissent maîtriser complètement leur consommation d’eau domestique. Ces projets créent des modèles économiques ouverts et circulaires sur la base d’une philosophie du do-it-yourself. « Ce sont des projets typiquement OSCE », commente Lars Zimmermann, dont la plateforme vise justement à servir de catalyseur pour ces expérimentations très concrètes.

Chaque année, un événement mondial est organisé à Berlin, où réside le siège de l’équipe organisatrice. Il engage simultanément d’autres communautés très actives, à Bogota, au Cap, à Chicago, à Guéret ou encore à Singapour. En 2016, environ 70 villes ont participé à des Hackathons pour résoudre collectivement une problématique majeure, à des workshops pour échanger et partager sur de nouveaux savoir-faire, à des conférences ou des démonstrations de solutions qui ont prouvé leur pertinence et leur efficacité… Mais les OSCEdays se développent aussi au-delà de ce seul événement et prennent d’autres formes : chacun peut participer en continu sur une plateforme en ligne via un forum et un guide des solutions circulaires. En outre, il est possible d’organiser des événements et de développer des communautés locales sous la bannière OSCEdays, soit en lien étroit avec l’équipe de Berlin, soit en autogestion. L’ensemble de ces initiatives forme un réseau fluide, décentralisé, ouvert.

Crédit : OSCEdays. Rencontre lors d’un événement local, à Berlin


Construire l’économie circulaire avec les makers

Les OSCEdays cherchent aujourd’hui à renforcer leur impact et à montrer la capacité du mouvement à transformer la société. L’objectif est aussi de se rapprocher des communautés qui s’inscrivent dans « l’âge du faire », du nom de cette période où l’on redécouvre les vertus de l’artisanat et du bricolage. Ces nouveaux bricoleurs, qu’on nomme makers se retrouvent dans les fablabs ou makerspaces, des ateliers de conception et de fabrication collaboratifs. Documenter les solutions qui fonctionnent est au cœur de cette ambition : c’est à partir de cela que chacun pourra tester et implémenter ces solutions localement et créer de nouvelles communautés. Des documentation jams, ou sessions intensives d’écriture collaborative, ont ainsi été lancées en 2017 pour accélérer le processus. Food Systems Lab, laboratoire d’innovation sociale qui lutte contre le gaspillage alimentaire à Toronto, y cherche par exemple à partager sa méthodologie et à recueillir d’autres points de vue. Durant ces sessions, d’autres mettent déjà en ligne la notice de tel ou tel objet qu’ils ont conçu de manière circulaire sur la plateforme « Wikifab » souvent appelée « le Wikipédia du bricolage ». Ils pourront ainsi travailler à la documentation de projets d’autres membres de la communauté.

Des laboratoires ouverts à tous qui ont le même objectif : mettre en commun espaces, machines et compétences pour fabriquer collectivement des objets et monter des projets divers. Comme le constate Lars Zimmermann, ces communautés, déjà bien installées partout dans le monde (un événement global, baptisé Maker Faire, existe depuis 2006) semblent se sensibiliser davantage à la notion de circularité, en particulier aux aspects liés à l’écoconception et au recyclage. Les échanges en ligne entre makers et écologistes intéressés par l’économie circulaire, deux tendances très proches, sont de fait de plus en plus courants. Pour demain, pourquoi pas, totalement converger ?

Crédit : OSCEdays. Kit de création pour un atelier compost circulaire


« Les principes du logiciel libre ne sont peut-être pas l’unique chemin », argue Zimmermann, «  mais ils m’apparaissent comme étant le chemin le plus convaincant. Il s’agit plus d’apporter des questions que des réponses, et de faire en sorte que tous les acteurs, des grandes entreprises aux citoyens, se lancent dans le mouvement. Pour parvenir à une économie circulaire, il faut en tout cas beaucoup de transparence ». Et une dose de « philosophie hacker » : trouver comment, comme le dit une célèbre définition, faire griller du pain avec une machine à café.





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