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Gestion des déchets et lutte contre le réchauffement climatique, l’éclairage de Jean-Baptiste Bahers

09.12.2015

Bien qu’elle soit difficile à quantifier, la contribution des déchets au changement climatique est avérée. Leur gestion et leur valorisation sont donc essentielles pour lutter contre le réchauffement de la planète. L’éclairage de Jean-Baptiste Bahers, enseignant-chercheur en évaluation environnementale et écologie territoriale à l’École des métiers de l’environnement de Rennes.

Crédit: Thinkstock / Image Source Pink

Tri sélectif, recyclage, valorisation… Ces notions font désormais partie de notre quotidien. Mais à quand remonte la gestion des déchets ?
Je serais tenté de répondre : à la nuit des temps ! La collecte et le réemploi ont toujours existé, ce sont les mentalités, les discours et les procédés qui ont évolué. En France, par exemple, l’utilisation massive des matières vierges (notamment les plastiques) à partir des années 1890 a contribué au déclin du métier de chiffonnier, et donné naissance à la notion de déchets urbains et aux entreprises qui en assurent la gestion. Certains grands opérateurs actuels sont nés dans cette mouvance, entre les années 1910 et 1940.


Vous évoquiez un changement dans les mentalités, en quoi consiste-t-il ?
Jusqu’aux années 1990, les déchets avaient une connotation négative, c’était seulement des rebuts qu’il fallait éliminer en les enfouissant dans le sol ou en les incinérant. Le recyclage restait minoritaire.
Peu à peu les discours ont évolué vers une connotation positive des déchets, grâce à la mobilisation des associations environnementales, des institutionnels et des entreprises du secteur. On culpabilise même le mauvais trieur, aujourd’hui !


On entend également beaucoup parler d’économie circulaire, que recouvre ce terme ?
Il s’agit d’un concept politique et économique apparu pour la première fois en Chine au début des années 2000 et qui a donné lieu à une loi votée en 2008.
En France, il a émergé lors des discussions autour du Grenelle de l’environnement. L’économie circulaire n’a pas de définition scientifique stabilisée. Il existe néanmoins des définitions opérationnelles comme celle de l’Ademe*, qui parle d’un système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits, vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement, tout en développant le bien-être des individus.


En quoi la valorisation des déchets s’inscrit-elle dans cette démarche ?
Il s’agit de l’un des trois piliers de l’économie circulaire, les deux autres étant l’écoconception et l’écologie industrielle**. Il faut toutefois distinguer la valorisation matière (recyclage et réutilisation) de la valorisation énergétique, qui consiste à transformer les déchets pour produire de l’électricité ou de la chaleur. La première est doublement bénéfique puisqu’elle évite à la fois de puiser dans les gisements de ressources non renouvelables et de consommer de l’énergie. Elle est fortement encouragée par la réglementation.


Quid de l’écoconception ?
Elle intervient à l’autre bout de la chaîne par rapport à la valorisation.
Son objectif est de réduire, dès leur production, l’impact environnemental des biens et services en créant des filières de recyclage ou en concevant des produits plus faciles à recycler.


En quoi le tri est-il une étape primordiale dans la gestion des déchets ?
Il augmente la performance technique des procédés. Il est en effet plus facile de traiter des déchets de même nature plutôt qu’un mélange de matières. Notons qu’au fil du temps la responsabilité du premier tri est remontée des industriels vers les consommateurs, qu’il s’agisse de particuliers ou d’entreprises. Cela a du bon, mais il faudrait aussi impliquer les citoyens plus en amont dans les débats pour que le tri ne soit pas vécu uniquement comme une contrainte.


Quelle est votre vision de la valorisation des déchets sur le long terme ?
 Sommes-nous sur la bonne voie ?
Je le pense. Mais je crois qu’il faut également agir sur nos modes de consommation pour utiliser moins de ressources et des technologies plus sobres sur le plan énergétique.
Un autre enjeu majeur est la proximité : les matières recyclées sont souvent exportées à l’autre bout du monde pour servir à la fabrication de biens de consommation qui nécessitent des matières premières et de l’énergie.
Pourquoi ne pas les réutiliser localement pour créer de l’emploi et des richesses sur nos territoires ? Ou bien en faire des objets à valeur ajoutée avec l’« upcycling », qui consiste à recycler des déchets industriels en créations collectives d’arts appliqués ?

Pour en savoir plus sur le lien entre recyclage et valorisation des déchets et enjeux climatiques, découvrez ici 21 solutions concrètes d’économie circulaire, sur le site de l’activité Recyclage et Valorisation de SUEZ en France.





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