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Permaculture, agroécologie… l’association Fermes d’avenir veut faire la « révolution des champs »

11.09.2015

Chaque année depuis 8 ans se tient le Forum Mondial Convergences, qui donne la parole à des acteurs engagés contre la pauvreté et pour le développement durable. Paris accueillait
du 7 au 9 septembre sa 8e édition qui affichait l’ambition suivante : « Zéro exclusion,
zéro carbone, zéro pauvreté « . Maxime de Rostolan, coordinateur du projet « Fermes d’avenir » qui entend développer la permaculture et l’agroécologie, y intervenait. Dans un contexte marqué par les manifestations européennes d’agriculteurs et les débats sur la fin du modèle agricole actuel, les projets et idées développées par les acteurs de la permaculture dessinent des perspectives intéressantes pour donner un nouvel élan à l’agriculture. Rencontre.

Crédit : Jean-Robert Dantou

Maxime de Rostolan est co-fondateur de l’association Fermes d’Avenir et coordinateur
de la micro-ferme La Bourdaisière, non loin de Tours en France : il s’agit d’une micro-ferme de 1,4 hectare, où sont cultivés fruits et légumes. À travers ce projet , l’association entend démontrer la viabilité économique et financière d’une agriculture écologique,
à taille humaine, inspirée des principes de la permaculture. Ces nouveaux modèles agricoles présentent des avantages économiques, sociaux, sanitaires mais également environnementaux.

Maxime, pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours et nous expliquer comment vous en êtes arrivé à la permaculture et au projet « Fermes d’avenir » ?

Je suis ingénieur en environnement. À la fin de mes études, j’ai effectué un tour du monde
sur le thème de l’eau durant 2 ans, pour étudier de plus près les problématiques locales
de l’eau.
En 2007, j’ai rejoint la société d’édition Deyrolle, pour y réaliser notamment des planches pédagogiques sur le développement durable, le cycle de l’eau, la gestion des déchets…
C’est là que j’ai découvert le biomimétisme et ai créé l’association Biomimicry France :
on invitait les entreprises à challenger leurs modèles en s’inspirant de la nature.

La permaculture, c’est le biomimétisme appliqué à l’agriculture. J’ai eu la chance
de rencontrer des personnes engagées telles que Charles Hervé-Guyer de la Ferme
du Bec-Hellouin et François Léger, de AgroParisTech / INRA avec lesquels nous avons beaucoup échangé sur la viabilité de nouveaux modèles agricoles, plus respectueux de l’environnement, moins « productivistes »… La création de l’association Fermes d’Avenir répond à cet objectif de pouvoir expérimenter la permaculture et démontrer que c’est un modèle qui marche.
Notre défi sur le Domaine de la Bourdaisière, c’est d’arriver à générer un chiffre d’affaires de 100 000 euros et ainsi prouver qu’on est à l’équilibre économique. Il s’agit d’une agriculture complètement naturelle, non dépendante du pétrole, ou de producteurs extérieurs. Une agriculture qui créé de l’emploi aussi !

L’enjeu, c’est de pouvoir dupliquer ce type de ferme sur l’ensemble du territoire. Et nous devons pour cela disposer de chiffres, de résultats sur la viabilité de ces modèles.

Aujourd’hui, quels sont les résultats ?

Notre chiffre d’affaires a été de 10 000 euros sur l’année 1, 40 000 euros en année 2,
et nous visons 70 000 en année trois et 100 000 en année 4. Nous devrions réussir à prouver
la viabilité de notre modèle.

À travers l’association Fermes d’avenir, nous avons également réussi à réunir 130 000 euros de financement pour pouvoir accompagner et aider à se développer d’autres projets de permaculture sur le territoire français. Nous avons alors organisé le concours « Fermes d’Avenir », en partenariat avec La Ruche qui dit Oui. Les lauréats de ce concours, qui ont été sélectionnés par un jury à l’été 2015, bénéficieront également d’une campagne de crowd-funding (financement participatif), via la plateforme Blue Bees.

Nous faisons également de la formation et du conseil, notamment auprès de collectivités locales, qui sont nombreuses à vouloir créer des micro-fermes sur leurs territoires.
Nous nous chargeons de la conception juridique, technique et si après cette phase d’études, les collectivités ne sont pas partantes pour le gérer, nous pouvons le faire de notre côté.

La permaculture est-elle compatible avec l’agriculture urbaine, dont on entend
souvent parler ?

La permaculture peut intervenir en ville ou dans des centres urbains, à la condition
de disposer d’un hectare ! Selon moi, il ne peut s’agir de cultures hors-sol,
il n’y a pas de modèle économique aujourd’hui pour des fermes hors sol.

Certaines pratiques de l’agriculture sont aujourd’hui mises en cause du fait
des pollutions qu’elles génèrent, notamment sur les nappes phréatiques, la qualité des sols… En quoi la permaculture est-elle différenciante en termes de gestion, et d’impact
sur les ressources naturelles ?

La permaculture, c’est a minima des externalités négatives évitées pour l’environnement.
Sans parler de permaculture, c’est le cas déjà pour les cultures bio.
Pour vous donner un exemple, la Bavière a connu dans les années 1990 un grave problème
de pollution aux nitrates. Deux options se présentaient alors aux élus locaux :
soit redimensionner leur usine de traitement de l’eau, soit une option plus “systémique“.
En effet, la pollution venait principalement des agriculteurs proches du champ captant.
Les élus ont alors incité les agriculteurs à passer au bio. Après 2 ans, la qualité de l’eau était revenue à son niveau d’avant ; et après 4 ans, ils ont constaté une qualité de l’eau qu’ils n’avaient jamais enregistrée auparavant ! Les agriculteurs étaient à nouveau rentables, et n’avaient dès lors plus besoin de subventions.

Quand on travaille avec la nature, et non contre elle, elle est très généreuse.

Ces externalités négatives évitées, aujourd’hui ce n’est pas monétisé, ce n’est pas pris
en compte dans la vision globale de l’agriculture. Le moindre impact sur la qualité de l’eau, le retour des abeilles… autant d’impacts positifs qui font que les collectivités auront demain intérêt, financièrement, à déployer plus largement ce type d’agriculture.

En termes d’irrigation, les besoins de la permaculture sont moindres que dans l’agriculture conventionnelle. On utilise 3 fois moins d’eau ! En maraîchage, on est sur du 1 000 m3
par hectare, contre 3 000 m3 en conventionnel. On paille le sol, et on limite ainsi
l’évapo-transpiration.

*****

Pour en savoir plus sur l’expérimentation menée au Domaine de la Bourdaisière, l’association Fermes d’Avenir ou encore le concours lancé cette année, rendez-vous sur le site www.fermesdavenir.org/





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