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Pollution plastique des océans : la nécessité d’une réponse globale

04.11.2016

Dans la rubrique Challenge, Jean-Louis Chaussade propose sa vision d’un défi majeur en lien avec la révolution de la ressource. Pour ce numéro, il revient sur l’urgence de lutter contre la pollution plastique dans les océans.

Déchets plastiques dans l’océan – Crédits : Richcarey

Résistant, flexible, léger, imperméable… les nombreuses qualités du plastique en ont fait un matériau incontournable, utilisé dans toutes les activités de la vie quotidienne. Emballages alimentaires, production textile, fabrication d’appareils électriques, de voitures… Sa production est passée de 1,5 million de tonnes en 1950 à plus de 300 millions en 2014 !
Cette croissance exponentielle de la production plastique a eu pour conséquence l’augmentation considérable des déchets plastiques, qui trop souvent finissent leur vie dans l’océan. Sous forme de macro ou micro-déchets, cette pollution est désastreuse pour les écosystèmes marins et par extension, pour l’homme. Un fléau global qui nécessite la mobilisation de l’ensemble des parties prenantes, politiques, scientifiques, associatives ou économiques.

En 2050, l’océan contiendra plus de plastique que de poisson si rien n’est fait. Cette prévision alarmante de la Fondation Ellen Mac Arthur met en lumière l’urgence d’agir pour stopper la pollution des océans par le plastique. Les macro-déchets provoquent blessures et suffocations aux animaux marins qui les ingèrent – une étude récente a ainsi révélé la présence de déchets marins dans l’organisme de 100 % des tortues de mer et 40 % des oiseaux marins.
Par l’effet des vagues et du soleil, ces déchets se fragmentent en micro-déchets, invisibles à l’oeil nu. Transportés par les courants marins, ils se concentrent dans les principaux gyres océaniques, créant des « soupes de plastique ». Ils contribuent, par leur dissémination, à la prolifération d’espèces invasives, qui bouleversent les écosystèmes. Ils provoquent lors de leur fragmentation la libération de substances chimiques toxiques, qui affectent directement les espèces marines. Enfin, mêlés au plancton, ils sont ingérés par les poissons qui s’en nourrissent et intègrent ainsi la chaine alimentaire.

Nous savons que 80 % de ces déchets plastiques marins sont d’origine terrestre, drainés par les cours d’eau ou jetés sur les littoraux. Face à ces constats, les solutions existent et doivent être mises en place à tous les niveaux. En amont, par la réduction de la consommation et donc de la production de plastique. En ce sens, les campagnes de sensibilisation du grand public, mais aussi la règlementation jouent un rôle clé. Ainsi l’interdiction des sacs plastiques dans de nombreux pays est un exemple des avancées en la matière. En France, c’est le cas depuis le 1er juillet 2016.

Déchets plastiques amassés sur le rivage – Crédits : jacus

Un acteur de l’économie circulaire comme SUEZ propose des solutions tout au long du cycle des déchets ou de l’eau. En améliorant les systèmes de collecte et de traitement des déchets pour éviter les rejets de plastique dans les milieux naturels. En travaillant sur l’essor des filières de valorisation des matériaux plastiques, en énergie, en biogaz, ou encore leur recyclage en matière première secondaire. En utilisant les déchets plastiques comme une ressource, en contribuant à créer les conditions d’une économie circulaire du plastique.

Cet axe apparait plus que jamais comme un impératif, alors que seuls 30 % des déchets plastiques sont aujourd’hui recyclés en Europe, contre 9 % aux États-Unis ou encore 25 % au Japon. Partout dans le monde, des initiatives en faveur de cette nouvelle économie se mettent en place, portées par des industriels, des PME, des ONG, des institutions ou encore des citoyens. Fabriquer de nouveaux objets à partir de déchets plastiques collectés dans l’océan ; développer des programmes de R&D pour améliorer la valorisation des plastiques, ou encore pour intégrer la problématique du recyclage dès la conception des produits ; imaginer des dispositifs d’incitation financière pour le recyclage, à l’instar des systèmes de consignes…

Au niveau du cycle de l’eau, des mesures peuvent être aussi mises en place en amont pour prévenir les pollutions marines : avec une gestion optimisée des eaux pluviales, susceptibles de drainer déchets et pollutions dans les cours d’eau ou les littoraux, ou encore un renforcement des traitements dans les stations d’épuration, notamment pour filtrer les microplastiques issus par exemple des fibres textiles rejetées par les machines à laver.

L’ampleur de la production plastique et son impact sur l’environnement sont tels, que certains scientifiques y voient un marqueur géologique de notre ère. Sa dissémination dans l’océan est un problème mondial et appelle des réponses multiples, associant acteurs de la société civile, acteurs économiques et décideurs politiques. L’innovation, scientifique, technologique mais aussi sociétale, et la collaboration sont au coeur des solutions qui doivent être mises en oeuvre, de manière urgente, pour stopper l’hémorragie de plastique menaçant nos océans.



Cet article a été publié dans le troisième numéro d’open_resource magazine : « L’océan, avenir de la planète bleue »