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Pourquoi faut-il donner un prix au carbone ? Le point de vue d’Alain Grandjean

30.11.2015

Entreprise engagée dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, SUEZ souligne l’urgence de la mise en place d’un prix du carbone et a apporté son soutien à la déclaration de la Banque mondiale « Put a Price on Carbon ». Le prix du carbone est un élément indispensable pour faciliter le passage d’une économie linéaire à une économie circulaire, plus respectueuse des ressources. Dans le premier numéro d’open_resource magazine, Alain Grandjean, économiste, et Hervé Le Treut, climatologue, nous livrent chacun leurs convictions personnelles sur cet enjeu clé. Découvrez ici la tribune d’Alain Grandjean.

Credit: Rafal Buch

« Le temps du climato-scepticisme est révolu
Il est aujourd’hui admis que le climat se dérègle en raison des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’origine humaine, qu’il faut donc limiter. Le plus efficace est de leur donner une valeur, de sorte que soient économiquement gagnants ceux qui les réduisent. Or les émissions de chacun de ces gaz peuvent être mesurées en équivalent carbone. C’est pourquoi seule une tarification conséquente du carbone permettra de changer durablement les habitudes et donc de diminuer de façon importante les émissions de GES. Aujourd’hui, la plupart des entreprises sont prêtes à accepter un prix carbone, à condition qu’il soit lisible et ne crée pas de déséquilibres concurrentiels. Elles sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses à faire de cette contrainte une force d’innovation.

La tarification du carbone doit idéalement reposer sur une combinaison de plusieurs mécanismes
Les réglementations ont démontré leur efficacité, notamment pour l’industrie automobile et le secteur immobilier. Elles ont poussé les industriels à investir pour atteindre de meilleures performances énergétiques. Le léger surcoût initial que les normes représentent est bénéfique, il doit être perçu comme un investissement amorti à la consommation et générateur d’innovations. Cependant, ce système est difficilement applicable à toutes les catégories de produits, et il est parfois impossible de prévoir les coûts supplémentaires occasionnés.

Le marché de quotas est un autre mécanisme déjà expérimenté et particulièrement adapté aux industries énergivores. Mais c’est un système sensible à la pression des lobbies, et qui suppose également que les pouvoirs publics soient capables de dimensionner correctement et de réduire progressivement les quotas en fonction de la situation économique.

La taxation a également prouvé sa pertinence : l’exemple de l’essence montre que c’est un levier puissant pour faire évoluer les comportements individuels et l’offre des constructeurs. Néanmoins, installer une taxe élevée est difficile politiquement car elle implique une baisse du pouvoir d’achat. Par ailleurs, en ne tenant pas compte des inégalités de revenus, elle se révélerait injuste pour les ménages les plus précaires. Pour être à la fois efficace et juste, cet impôt sur la consommation devrait donc être associé à un mécanisme de redistribution.

Le prix du carbone ne doit pas être le même pour tous
À l’échelle d’un pays, tous les acteurs économiques n’ont pas la même sensibilité au prix du carbone. Certains secteurs pourraient être sérieusement désavantagés si les spécificités de leurs activités n’étaient pas prises en compte. Au niveau mondial, les différences de situations et de moyens entre les pays développés et les pays en développement sont telles qu’instaurer un prix unique n’aurait pas de sens. Un équilibre délicat reste à construire, car aucune industrie ni aucun pays n’acceptera de porter seul la majorité des efforts. Il serait essentiel qu’un premier club de pays s’engage à mettre en place une tarification du carbone à l’intérieur d’un « corridor » de prix croissant dans le temps.

2015 est une année charnière
La COP21 doit aboutir à des engagements concrets, mesurables et vérifiables des pays développés et émergents. La conférence doit installer la légitimité du prix du carbone et faciliter sa compréhension et son acceptation dans le monde entier. Sans volontarisme politique fort, le risque de voir s’installer le fatalisme est grand, alors même que nous savons que le coût de l’inaction se révélera à terme colossal. »

Alain Granjean

Retrouvez cet article dans le premier numéro d’open_resource magazine: « Comment changer de climat ? »





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