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Pourquoi faut-il donner un prix au carbone ? Le point de vue d’Hervé Le Treut

30.11.2015

Entreprise engagée dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, SUEZ souligne l’urgence de la mise en place d’un prix du carbone et a apporté son soutien à la déclaration de la Banque mondiale « Put a Price on Carbon ». Le prix du carbone est un élément indispensable pour faciliter le passage d’une économie linéaire à une économie circulaire, plus respectueuse des ressources. Dans le premier numéro d’open_resource magazine, Alain Grandjean, économiste, et Hervé Le Treut, climatologue, nous livrent chacun leurs convictions personnelles sur cet enjeu clé. Découvrez ici le point de vue d’Hervé Le Treut.


Crédit: John Maravelakis

« L’atmosphère est une ressource commune
L’atmosphère, comme les océans, constitue une des ressources communes les plus importantes offertes par notre planète : elle n’est et ne doit être la propriété de personne. C’est aussi un milieu actif, lieu d’un effet de serre naturel qui rend la planète habitable, en la réchauffant de plus de 30 degrés Celsius. En quelques dizaines d’années, nous avons pu modifier avec facilité la teneur atmosphérique d’un des GES les plus importants, le CO2, en la faisant passer de 270 parties par millions en volume (ppm) à plus de 400 ppm désormais. Cela montre que les activités humaines, quand elles font usage de l’atmosphère, font usage d’une ressource fragile et limitée. Elles le font avec une vitesse qui n’a cessé de croître : la consommation annuelle des combustibles fossiles représentait 1 à 2 milliards de tonnes de carbone émises dans l’atmosphère dans les années 1950, pour 10 milliards aujourd’hui. Le CO2 additionnel généré modifie la composition de l’atmosphère pour des durées longues, de l’ordre du siècle. C’est un processus cumulatif, et au rythme actuel il ne nous reste que vingt ans pour être en mesure de stabiliser le climat sous les 2 degrés Celsius de réchauffement d’ici la fin du siècle.

Donner un prix au carbone est nécessaire
Si les ressources de la planète sont un patrimoine commun, leur usage ne peut plus être gratuit : leur donner un prix, donner un prix au carbone est donc nécessaire. Mais on attend beaucoup de ce prix, des actions de nature très différente. Le prix doit avoir un rôle inhibiteur, nous pousser à l’économie dans tous les domaines de production des GES. Il doit aussi faciliter des solutions de remplacement qui sont de nature très variée. Il faut, bien sûr, se passer des énergies carbonées en favorisant des énergies de substitution. Il faut aussi contrôler la fabrication du ciment et exploiter des alternatives adaptées à chaque région du monde. Il faut réguler les filières agricoles complexes et l’usage des sols, qui peuvent agir pour stocker ou émettre du carbone et sont aussi souvent émetteurs d’autres GES que le CO2. Il faut favoriser des solutions qui soient respectueuses de la biodiversité, qui ne mettent pas en danger l’alimentation des différentes populations. Tout cela dépend autant de l’évolution de la planète que des incitations financières.

Donner un prix au carbone n’est pas une fin en soi
Il faudrait aussi donner un prix à ce temps qui nous est compté et ne pas laisser pour la fin, en favorisant des actions de court terme moins coûteuses, des actions structurelles et indispensables, par exemple sur l’aménagement du territoire, dont la mise en œuvre prendra des décennies. Le temps, c’est aussi celui des efforts de recherche et développement si l’on veut vraiment, avant la fin du siècle, savoir capter et stocker à grande échelle les GES, comme le réclament tous les scénarios du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). La seule mathématique très simple qui se cache derrière la notion d’équivalent carbone peut-elle résumer tout cela en un critère unique ? Pour un géophysicien sensible à la diversité des processus qui modifient la planète et à la diversité des risques que cette évolution génère, il est difficile d’imaginer que le prix, plus encore un prix unique, puisse être le seul régulateur de transformation. »

Hervé le Treut

Retrouvez cet article dans le premier numéro d’open_resource magazine: « Comment changer de climat ? »





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