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Un designer transforme les peaux de saumon en cuir haut de gamme

24.02.2015

Les déchets sont une richesse. Ils peuvent même se transformer en produit de luxe. Il suffit de changer sa perception sur ce que l’on dépose dans nos poubelles pour s’en convaincre. C’est ce qu’a fait le designer Stiven Kerestegian auquel l’émission FutureMag d’Arte consacrait un sujet en juin dernier.

La Patagonie est parsemée de lacs et de fiords, faisant du Chili le deuxième pays producteur de saumon au monde (500 000 tonnes par an). Les poissons sont conditionnés, transformés en filets puis exportés. Quant aux peaux, considérées comme des déchets, elles s’entassaient dans des bacs où elles se décomposaient en matière huileuse. Jusqu’au jour où Stiven Kerestegian s’est aperçu de la valeur qu’elles pouvaient contenir, en les transformant en cuir haut de gamme.
Comment cet ingénieux de la ressource les valorise-t-elles ? Les peaux sont sélectionnées, une par une, et subissent un tannage similaire à celui des peaux de bœufs ou de moutons. Les résidus de chair sont retirés. Les peaux mêlées à des substances minérales font ensuite l’objet d’un brassage à froid dans un tambour pendant quatre jours pour assouplir le cuir et les rendre imputrescible. Le cuir récolté est ensuite teint et séché.

La peau des saumons, conçue pour leur permettre de remonter les fleuves, se caractérise par sa résistance. Elle se transforme en un cuir d’excellente qualité, très souple, épousant les formes qu’on souhaite lui donner, et devient ainsi des semelles de chaussons ou des housses de téléphones portables. Le potentiel des déchets issus de l’aquaculture s’avère immense puisqu’aujourd’hui la production de poisson d’élevage (66 millions de tonnes) a dépassé celle de la viande de bœuf (63 millions de tonnes).
Les innovations au service de la valorisation de la ressource passent ainsi par l’ingéniosité de chacun. Et l’initiative de Stiven Kerestegian fait écho à certains principes de l’innovation frugale défendue par Navi Radjou, une approche qui repose notamment sur le concept de “faire mieux avec moins“ et qui intègre la pratique du réemploi. Un état d’esprit répandu dans les pays émergents, où les contraintes sont souvent les plus fortes. Navi Radjou développera son approche de l’innovation lors du Resource Revolution Tour le 12 mars à Paris. A suivre en live sur le site.