open_resource : idées, points de vue
et solutions des acteurs de la révolution de la ressource



← Retour Solutions  

Villes de demain, villes du partage ?

02.08.2016

L’usage plutôt que la propriété : tel est le credo de l’économie du partage, dans un contexte marqué par la raréfaction des ressources. Covoiturage, jardins communautaires, prêts entre particuliers d’objets de tous les jours, troc… l’économie du partage ne se limite pas à quelques grandes entreprises, mais est portée par une multitude d’initiatives à l’échelle locale.

La mobilisation d’habitants d’un quartier ou d’une ville pour partager des ressources et construire des modèles alternatifs est une tendance de fond que l’on observe partout dans le monde. Fédérer tous les acteurs et les initiatives locales porteurs d’une nouvelle vision collaborative de la vie urbaine, c’est l’ambition de Shareable, une association née aux États-Unis en 2009. SUEZ est allé à sa rencontre.


Extrait de http://www.shareable.net


Le retour du local

De Detroit à Séoul, de Lisbonne à Nairobi, des habitants, des associations, des coopératives se rassemblent autour de projets locaux : créer un atelier solidaire de réparation de bicyclettes, organiser des cours gratuits pour apprendre à coder, réinventer l’alimentation autour de jardins potagers communautaires, expérimenter des modes de transport partagés… Les villes du monde entier fourmillent d’initiatives favorisant le partage et la collaboration entre ses habitants.

Qu’il s’agisse de transport, de culture, d’éducation, d’alimentation… la construction à l’échelle locale de modèles alternatifs peut constituer une réponse aux enjeux de raréfaction des ressources et d’un développement urbain durable, ainsi que l’explique Tom Llewellyn, directeur organisation de Shareable : « Beaucoup de choses ont beau être régulées à un niveau national ou international, les villes font face à des problèmes qui peuvent être réglés à leur échelle : habitat, nourriture, mobilité, recherche d’emploi, santé, éducation, gestion des déchets… Le mérite de ces petites initiatives est de montrer que cela marche et que l’on doit vraiment changer de culture.»


Partager des idées et des ressources

C’est au plus fort de la crise économique américaine de 2009 que les fondateurs de Shareable se sont retrouvés autour d’une volonté commune : donner de l’écho à ces initiatives auprès du grand public – et permettre à leurs porteurs de se coordonner, d’apprendre de leurs expériences respectives et ainsi de décupler ensemble l’impact de chacun. C’est dans cet objectif qu’est née l’association Shareable (signifiant littéralement : « partageable »), qui était à l’origine un site Web jouant le rôle d’un média autant que d’un réseau.

Mais très vite s’est fait sentir le besoin de fédérer aussi « dans la vie réelle » cette communauté de porteurs de projet. C’est ainsi que Shareable a commencé à organiser des événements physiques pour faire se rencontrer les bonnes volontés : les MapJam. Un nom évocateur pour désigner une session de travail au cours de laquelle des participants se retrouvent durant plusieurs jours pour dresser la carte des ressources partagées (matérielles et immatérielles) et des initiatives collaboratives de leur ville : combien la ville compte-t-elle de bibliothèques et où sont-elles situées ? Quels quartiers mettent en place des budgets participatifs ? Où peut-on bénéficier de formations gratuites ? Quelles sont les entreprises coopératives du territoire ? Suite à de premières éditions réussies en 2013, Shareable a travaillé avec de nombreux groupes pour organiser plus de 100 MapJams dans 70 villes, réunissant des milliers de participants. De média d’information, Shareable est ainsi devenu un véritable réseau d’acteurs désirant partager leur actualité, répliquer les bonnes pratiques, mutualiser des connaissances, organiser un événement.

Un succès qui en dit long sur l’envie des citoyens d’inventer de nouveaux modèles, ainsi selon Tom Llewellyn : « La révolution du partage est avant tout un changement de perspective : il s’agit de faire basculer notre système économique, nos communautés, vers davantage de nouvelles solutions, plus équitables et durables, quant à la façon dont nous produisons, conservons, consommons… »


Quel est le rôle des municipalités dans l’économie du partage ?

Loin de se construire en opposition ou en remplacement des pouvoirs publics locaux, ces initiatives portées par des citoyens, des start-up et des associations peuvent s’appuyer et être encouragées par les autorités locales. Certaines grandes villes y voient l’opportunité de renforcer leur développement économique et social.

Ainsi, à Amsterdam, suite à l’organisation d’une MapJam par Shareable, la municipalité a demandé à l’association de poursuivre son travail de localisation de toutes les initiatives et des ressources liées à l’économie du partage sur le territoire amstellodamois. Mais c’est la ville de Séoul qui s’est le plus fortement positionnée sur cette tendance. En lançant son programme Sharing City Seoul (Séoul, ville du partage), la capitale sud-coréenne a fait le choix de favoriser l’économie du partage via une politique publique structurée : création d’un environnement économique soutenant les entreprises et les organisations du partage, création de bibliothèques de prêt de livres et d’outils, promotion de l’autopartage… Séoul fait le pari que la ville du partage est synonyme d’une meilleure qualité de vie pour ses habitants. Demain, toutes les villes seront-elles donc des villes du partage ?


Retrouvez cet article dans le deuxième numéro d’open_resource magazine :
« Façonner la ville-ressource »





Vous aimerez aussi